« La Minute de Véronique »/ Exposition Leonora Carrington au Musée du Luxembourg/avec les GS/17 mars 2026

La découverte de l’exposition consacrée à Leonora Carrington au Musée du Luxembourg a constitué un moment particulièrement fort avec mes GS. Nous avions déjà rencontré son univers lors de l’exposition surréaliste au Centre Pompidou l’année précédente, et les enfants avaient immédiatement été fascinés par cette artiste si singulière. J’étais très heureuse qu’elle soit enfin mise pleinement à l’honneur, car pendant longtemps, à l’époque du surréalisme, elle avait surtout été considérée comme la muse de Max Ernst alors qu’elle est une créatrice majeure à part entière. Grâce notamment au travail des historiennes de l’art et des mouvements féministes, son œuvre est aujourd’hui reconnue dans toute sa richesse.

Les enfants ont tout de suite été sensibles à son histoire personnelle. Ils ont aimé découvrir cette petite fille née en Angleterre à la fin de la Première Guerre mondiale, grandissant dans une immense demeure entourée de domestiques. Dans certaines œuvres exposées, ils pouvaient même apercevoir cette grande maison de son enfance. Pourtant, malgré ce cadre privilégié, ils ont très vite compris qu’elle ne s’y sentait pas heureuse. Comme beaucoup d’artistes que nous avons étudiés, Leonora Carrington était profondément rebelle. Elle refusait la vie toute tracée qu’on voulait lui imposer et ressentait très tôt un immense besoin de liberté et d’évasion.

Les récits autour de sa grand-mère irlandaise ont particulièrement captivé les enfants. Cette grand-mère lui racontait des légendes celtiques, des histoires fantastiques et des contes peuplés de créatures étranges. Les enfants ont compris que ces récits avaient nourri tout son imaginaire artistique. Ils ont également beaucoup aimé découvrir que Leonora passait de longues heures, seule dans le parc de son enfance à inventer des mondes imaginaires et à observer les animaux, avec lesquels elle entretenait un lien très fort. Les animaux occupent d’ailleurs une place essentielle dans ses tableaux, ce qui a immédiatement parlé aux enfants.

Lorsque ses parents acceptent finalement de l’envoyer étudier en Italie, à Florence, elle découvre avec émerveillement les grands maîtres de la peinture ancienne, les musées et les techniques artistiques. Les enfants ont été sensibles à cette jeune femme qui comprend alors qu’elle sera artiste coûte que coûte. Ils ont découvert qu’elle ne s’exprimait pas uniquement par la peinture mais également par l’écriture, les contes et les récits fantastiques.

La rencontre avec Max Ernst en 1937 a également beaucoup marqué les enfants. Ils ont trouvé romanesque cette histoire d’amour entre une très jeune artiste anglaise et un peintre déjà célèbre du mouvement surréaliste. Ils ont aimé imaginer leur maison en Ardèche remplie d’œuvres étranges, d’objets artistiques et de créativité. Une petite fenêtre peinte par Leonora, représentant une licorne, était présentée dans l’exposition et les enfants ont été fascinés par cet objet simple devenu œuvre d’art.

Ce qui les a surtout enchantés, c’est que chaque tableau de Leonora Carrington ressemble à un conte. Devant ses œuvres, les enfants avaient l’impression qu’on allait commencer une histoire par « Il était une fois… ». Les personnages hybrides, les animaux fantastiques, les êtres flottants et les scènes mystérieuses nourrissaient pleinement leur imaginaire. Ils comprenaient naturellement l’univers onirique du surréalisme sans avoir besoin d’explications complexes.

L’exposition a aussi permis d’aborder avec beaucoup de délicatesse des thèmes plus difficiles. Les enfants ont compris que lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Max Ernst est emprisonné parce qu’il est allemand et que Leonora se retrouve seule. Sa fuite vers l’Espagne, son internement psychiatrique puis son départ vers le Mexique ont suscité beaucoup d’émotions chez eux. Ils ont compris ce que signifie devoir quitter son pays, fuir la guerre et reconstruire sa vie ailleurs. Certains tableaux où les personnages semblent flotter dans les airs leur ont permis d’évoquer cette idée d’exil, de déplacement et de perte de repères.

Au Mexique, Leonora Carrington rencontre d’autres artistes exilés et fonde une famille. Les enfants ont beaucoup aimé découvrir qu’à son tour, elle racontait des histoires fantastiques à ses deux garçons, comme sa grand-mère l’avait fait avec elle. Cette transmission de l’imaginaire entre générations les a beaucoup touchés. Ils ont également été fascinés par son intérêt pour les femmes créatrices, qu’elle représentait souvent comme des figures puissantes, mystérieuses et presque magiques.

Les œuvres liées à la cuisine et à l’alchimie ont également beaucoup amusé les enfants. Ils ont compris que pour Leonora Carrington, cuisiner, inventer et créer relevaient presque de la magie. Ils ont découvert qu’elle utilisait des techniques anciennes comme la feuille d’or, inspirée des icônes religieuses, afin de donner à ses œuvres un aspect précieux et intemporel.

Le parcours au musée était accompagné d’un petit jeu très apprécié. Les enfants devaient retrouver un mot mystère à l’aide d’un livret d’indices. Ils ont brillamment trouvé le mot « magie », ce qui résumait parfaitement l’univers de l’artiste. En récompense, ils ont reçu un petit carnet contenant des reproductions d’œuvres à découper et transformer.

De retour à l’école, mes Petits Loups ont réalisé des collages surréalistes inspirés de Leonora Carrington. À partir de découpages, sur de grands cartons à dessin, ils ont réalisés des superbes compositions imaginaires, créé des œuvres fantastiques, mêlant personnages hybrides, animaux étranges et paysages inventés. Ce travail a développé leur créativité, leur motricité fine, leur imagination narrative et leur capacité à composer une image.

Cette sortie avait été pensée uniquement pour mes GS. Les enfants ont beaucoup apprécié avoir une activité “de grands”, spécialement conçue pour leur dernière année. Cela leur permettait d’accéder à des visites plus longues et plus riches culturellement, tout en respectant le rythme des moyennes sections afin de ne pas les surcharger.

Cette journée restera un souvenir particulièrement précieux. Après l’exposition, nous avons profité d’un magnifique après-midi ensoleillé pour nous promener dans le Jardin du Luxembourg. Les enfants étaient émerveillés par la beauté du jardin, la douceur du printemps et le plaisir simple d’être ensemble. Nous avons terminé cette sortie chez un glacier, dans une atmosphère joyeuse et détendue. Cette après-midi réunissait tout ce qui fait la richesse de ces projets éducatifs : l’art, la culture, l’imaginaire, la promenade, le plaisir partagé et la création de souvenirs communs profondément marquants pour les enfants.

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