« La Minute de Véronique »/ »Les Demoiselles de Rochefort »-La Comédie Musicale des enfants/26 juin 2026

Les Demoiselles de Rochefort ont sans aucun doute été le projet le plus ambitieux de cette année scolaire. Lorsque nous avons choisi cette œuvre de Jacques Demy et Michel Legrand, nous savions que nous nous engagions dans une aventure exigeante. Les chansons sont complexes, les textes sont longs, les chorégraphies sont nombreuses et l’énergie qui traverse ce film est permanente. Nous aurions pu choisir un spectacle plus simple. Nous avons préféré faire confiance aux enfants.

Après avoir déjà monté Peau d’Âne, nous connaissions l’univers de Jacques Demy et de Michel Legrand. Nous savions combien leurs œuvres parlent de liberté, de joie, d’égalité, de rêve et d’optimisme. Les Demoiselles de Rochefort proposent un monde où chacun peut trouver sa place, où les femmes sont libres, où les rencontres changent les vies et où l’on garde toujours confiance en l’avenir. C’était un merveilleux message à transmettre aux enfants.

Comme toujours, le projet a commencé dès le mois d’octobre. Nous avons raconté l’histoire, regardé le film, expliqué les scènes, les personnages, les chansons et le contexte. Les enfants ont très vite adopté cet univers. Chacun commençait déjà à s’identifier à un personnage : Delphine, Solange, Maxence, Étienne, Bill, Madame Yvonne… Peu à peu, ils faisaient vivre ces rôles dans leur imagination avant même de monter sur scène.

Avec Lili, nous avons consacré des mois à construire ce spectacle. Il fallait imaginer des chorégraphies adaptées aux enfants de trois à six ans tout en restant fidèles à l’esprit du film. Nous souhaitions que les déplacements soient permanents, que la scène reste vivante, que chacun trouve sa place et que les plus petits comme les plus grands participent pleinement au spectacle.

La première scène, celle de la fameuse chanson des jumelles, nous a demandé un travail colossal. Nous l’avons reprise encore et encore pendant des mois afin que les déplacements deviennent fluides, que les enfants chantent tout en dansant, qu’ils se déplacent sans jamais perdre leur énergie ni leur concentration. Jusqu’à la veille de la représentation, nous avons continué à la perfectionner.

Pendant que les plus jeunes répétaient leurs chorégraphies avec Lili, je travaillais avec les grandes sections les dialogues. Nous revenions sans cesse sur la diction, la prononciation, l’intention, la puissance de la voix. Il ne suffisait pas de connaître son texte : il fallait devenir le personnage, croire à ce que l’on disait, donner envie au public d’y croire lui aussi. Les enfants ont progressivement acquis une véritable présence scénique.

Au fil des mois, le spectacle prenait vie. Les scènes du café de Madame Yvonne, les rencontres, les dialogues, les chants, les chorégraphies s’assemblaient peu à peu. Les costumes étaient choisis avec beaucoup de soin afin de retrouver l’esthétique des années soixante. Amy réalisait les décors et tournait les séquences filmées qui viendraient enrichir le spectacle. Son travail donnait une dimension supplémentaire à l’ensemble.

Pour nourrir leur inspiration, j’ai également montré aux enfants des extraits de West Side Story. Nous avons observé la manière dont les danseurs se déplacent, bondissent, occupent l’espace et transmettent leur joie à travers tout leur corps. Les enfants comprenaient alors que la danse est une manière de raconter une histoire autant que les paroles.

L’un des moments les plus extraordinaires de cette aventure a été notre invitation au Lido de Paris. Grâce à une rencontre avec un musicien de l’établissement, nous avons eu la chance d’être invités à découvrir un spectacle. Le directeur avait été enthousiasmé en apprenant que des enfants de trois à six ans préparaient Les Demoiselles de Rochefort. Cette sortie a nourri encore davantage leur motivation et leur émerveillement.

Puis sont arrivées les difficultés.

Pendant près d’un mois et demi, les virus se sont succédé. Chaque jour, cinq, six ou parfois sept enfants étaient absents, souvent ceux qui tenaient des rôles importants. Les répétitions devenaient extrêmement compliquées. Il fallait sans cesse adapter les scènes, redistribuer temporairement les rôles et recommencer.

À peine avions-nous retrouvé un peu de stabilité que la canicule est arrivée.

Les températures annoncées rendaient impossible la représentation dans les conditions prévues. Nous avons dû modifier l’organisation à plusieurs reprises, déplacer la date du spectacle à trois reprises, solliciter les services de la mairie qui ont accepté de nous laisser l’estrade plusieurs jours supplémentaires et imaginer une nouvelle organisation.

Finalement, nous avons décidé de jouer le vendredi matin à 8 h 20, avant les plus fortes chaleurs.

Grâce au prêt d’un climatiseur par notre président et à la location d’un second appareil par une famille, nous avons pu rafraîchir la salle toute la nuit. Les enfants arrivaient déjà habillés en costume afin d’éviter toute fatigue supplémentaire. Gourdes, gants mouillés, brumisateurs, pauses régulières : tout avait été pensé pour garantir leur sécurité.

Malgré tout, j’étais convaincue que nous serions peut-être obligés d’interrompre la représentation.

Mais il s’est produit quelque chose de presque magique.

Pendant près de deux heures, les enfants ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Ils ont chanté avec justesse, joué avec conviction, dansé avec enthousiasme, porté leurs partenaires, soutenu ceux qui avaient un moment d’hésitation. Ils étaient pleinement leurs personnages.

Les chorégraphies étaient magnifiques.

Les dialogues étaient dits avec une précision et une présence incroyables.

Les chansons de Michel Legrand, pourtant si exigeantes, résonnaient avec une émotion extraordinaire.

Les parents étaient bouleversés. Beaucoup n’imaginaient pas que des enfants de trois à six ans puissent porter un spectacle d’une telle ampleur avec autant de naturel et de générosité.

Ce résultat est le fruit d’un travail collectif immense. Toute l’équipe a partagé la même exigence et la même confiance envers les enfants. Chacun a apporté ses compétences, son énergie et sa créativité pour que chaque détail contribue à mettre les enfants en valeur.

Au-delà de la réussite artistique, ce projet leur a permis de développer des compétences essentielles :

  • la coopération ;
  • l’écoute des autres ;
  • la mémorisation ;
  • la concentration ;
  • l’expression orale ;
  • la confiance en soi ;
  • la gestion des émotions ;
  • la persévérance ;
  • le sens de l’effort ;
  • la solidarité.

Ils ont appris qu’un grand projet demande du temps, de la rigueur et beaucoup d’entraide, mais qu’il procure aussi une immense satisfaction lorsque chacun donne le meilleur de lui-même.

Et comme si cette aventure ne pouvait pas être plus belle, une magnifique nouvelle est venue conclure cette année.

Lison, ancienne élève de la Maison de l’Enfant, qui avait déjà révélé un véritable talent de comédienne en interprétant Carmen lorsqu’elle était en grande section, venait de réussir toutes les étapes du casting de Cosette pour Les Misérables au Théâtre du Châtelet. Elle venait d’être choisie pour interpréter ce rôle.

Cette nouvelle a profondément ému toute l’équipe. Elle illustre parfaitement ce que nous cherchons à construire depuis quarante ans : offrir aux enfants un espace où ils découvrent leurs talents, prennent confiance en eux et osent aller au bout de leurs rêves.

En regardant les enfants saluer sous les applaudissements, nous nous sommes dit que si nous arrivions à faire vivre un tel spectacle malgré les maladies, malgré la canicule, malgré toutes les difficultés rencontrées, alors nous pouvions être immensément fiers d’eux.

Nous avions rêvé ce spectacle.

Les enfants lui ont donné vie.

Et c’est sans doute cela, la plus belle réussite de la Maison de l’Enfant.

Articles en relation

error: Content is protected !!