Une sortie de fin d’année, à la Maison de l’Enfant, ne s’improvise jamais. Nous la préparons longtemps à l’avance parce que nous voulons qu’elle soit à la hauteur de tout ce que les enfants ont vécu pendant l’année. Nous cherchons toujours un lieu qui fasse sens, qui fasse écho aux découvertes réalisées au fil des mois, qui puisse émerveiller aussi bien les plus petits que les plus grands, et qui laisse à chacun un souvenir impérissable.
Cette année, nous avons beaucoup cherché.
Avec toute l’équipe, nous avions le sentiment d’avoir vécu une année profondément marquée par les découvertes artistiques. Les enfants avaient rencontré de nombreux artistes, mais deux noms revenaient sans cesse dans nos échanges : Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely. Nous avions observé leurs œuvres, parlé de leur univers, découvert leur imagination débordante et leur liberté créatrice.
Alors une évidence s’est imposée à nous : il fallait aller voir le Cyclop.
Le Cyclop de Jean Tinguely, caché au cœur de la forêt de Milly-la-Forêt, nous attendait.
Mais nous voulions faire de cette sortie un véritable événement. Une simple visite d’une heure aurait été merveilleuse, bien sûr, mais puisque nous avions la possibilité de partir pour une journée entière, pourquoi ne pas offrir aux enfants une aventure encore plus exceptionnelle ?
C’est Léonie qui a eu l’idée complémentaire. Tout près du Cyclop se trouvait un parc d’accrobranche.
L’association des deux nous a immédiatement séduites : l’art le matin, l’aventure l’après-midi.
Nous avons proposé le projet aux familles et l’enthousiasme a été immédiat.
Le jour venu, un jeudi de fin mai, la chaleur était estivale. Les températures étaient particulièrement élevées et nous avions pris soin, avec Léonie, de vérifier que le car serait parfaitement climatisé afin que le trajet reste confortable pour tous les enfants.
Heureusement, tout était parfaitement organisé.
Dès le départ, l’ambiance était joyeuse. Les enfants sentaient qu’il s’agissait d’une journée particulière.
Lorsque nous sommes arrivés à Milly-la-Forêt, le spectacle qui nous attendait était magnifique.
Je n’avais pas revu le Cyclop depuis plusieurs années. L’œuvre avait longtemps été en restauration et je découvrais avec bonheur ce géant de métal entièrement rénové. Sous le soleil, les mosaïques de miroirs imaginées par Niki de Saint Phalle scintillaient de mille éclats. C’était absolument somptueux.
Au milieu de la forêt, le Cyclop apparaît comme un personnage vivant.
Les enfants ont immédiatement été fascinés.
Nous avons été accueillis par deux excellentes médiatrices qui ont su adapter leurs explications aux plus jeunes. Elles ont raconté comment Jean Tinguely avait imaginé cette œuvre monumentale dès 1969 et comment de nombreux artistes avaient participé à sa construction pendant plus de vingt ans.
Les enfants ont adoré découvrir que le Cyclop était bien plus qu’une sculpture.
Son oreille écoutait les visiteurs.
Son immense cheveu participait même à son équilibre !
À travers ces récits, l’œuvre devenait presque un personnage de conte.
Partout, les enfants trouvaient des détails amusants : le crocodile installé sur le visage du Cyclop, le petit train circulant sur ses rails, le bassin caché au sommet de la tête, les mécanismes étranges qui semblaient donner vie à l’ensemble.
Le grand tunnel où roulent les boules a connu un succès particulier.
Les médiatrices ont activé le mécanisme devant nous et les enfants ont observé avec émerveillement les boules dévaler les structures métalliques dans un vacarme joyeux.
« C’est le Cyclop qui parle ! »
Cette idée leur plaisait énormément.
Ils ont également découvert les gigantesques outils utilisés pendant la construction, notamment l’immense règle ayant servi à mesurer l’œuvre. Les médiatrices leur ont expliqué avec humour que Jean Tinguely avait tenu à ce que sa création dépasse légèrement cette mesure, simplement pour être certain que le Cyclop soit encore plus grand.
Tous ces récits mêlaient poésie, humour et imagination, exactement ce que les enfants aiment.
Malheureusement, ils étaient encore trop jeunes pour visiter l’intérieur du Cyclope. Les règles de sécurité imposent aujourd’hui un âge minimum de huit ans.
Je me souvenais pourtant de cette visite intérieure, totalement extraordinaire, avec ses passages secrets, ses espaces insolites, sa salle de cinéma et ses recoins surprenants.
Mais finalement, cela a aussi créé chez les enfants une immense envie de revenir un jour.
Après cette découverte passionnante, nous avons repris le car pour quelques minutes seulement avant d’arriver à l’accrobranche.
Et là, autre bonne surprise : le parc semblait nous appartenir.
Nous étions presque seuls.
Avant toute chose, nous avons installé notre pique-nique à l’ombre.
Célia avait préparé de délicieux sandwichs qui étaient restés parfaitement frais dans les sacs isothermes. Nous avions également apporté près de quarante litres d’eau afin d’anticiper la chaleur de la journée.
Ce déjeuner partagé dans la nature fut un véritable moment de bonheur.
Les enfants mangeaient avec appétit tout en observant avec impatience les parcours suspendus dans les arbres.
Lorsque le responsable du parc est arrivé avec les harnais, l’excitation est montée d’un cran.
Il a expliqué les règles de sécurité, montré comment utiliser les mousquetons et présenté les différents parcours.
Les plus jeunes ont commencé par les niveaux les plus accessibles tandis que les grandes sections étaient autorisées à grimper un peu plus haut.
Très vite, les moyennes sections ont voulu tenter davantage.
Ils se sentaient prêts.
Ils avaient confiance.
Après vérification, nous leur avons permis d’accéder à des parcours plus ambitieux.
Et quel bonheur de les voir évoluer !
Les appels enthousiastes résonnaient dans toute la forêt :
— « Véro, regarde ! »
— « Lili, regarde comme je fais ! »
— « J’ai réussi ! »
Nous étions émerveillées.
Leur assurance, leur persévérance, leur capacité à dépasser leurs appréhensions nous impressionnaient.
Chaque enfant trouvait sa place, à son rythme.
Certains avançaient prudemment.
D’autres semblaient déjà de véritables aventuriers.
Mais tous étaient fiers d’eux.
Les rires résonnaient partout autour de nous.
Seul un petit regret accompagnait cette magnifique journée : Léonie, qui avait pourtant énormément participé à son organisation, était malade et n’avait malheureusement pas pu nous accompagner. Son absence s’est fait sentir tout au long de la journée tant elle avait contribué à préparer ce projet.
Nous pensions souvent à elle.
Le retour vers Boulogne-Billancourt fut aussi agréable que l’aller. Le trajet s’est déroulé dans le calme, avec un excellent chauffeur et une circulation particulièrement fluide.
Les enfants étaient fatigués mais heureux.
Ce mélange d’art, de nature, d’aventure et de vie collective avait créé quelque chose de très particulier.
En rentrant, nous savions déjà que cette journée rejoindrait la longue liste des souvenirs précieux de la Maison de l’Enfant.
Lili avait eu raison d’insister pour que cette sortie dure une journée entière plutôt qu’une demi-journée.
Nous avions pris le temps de vivre.
Le temps de découvrir.
Le temps de partager.
Et je suis certaine que, dans quelques années encore, lorsque nous recroiserons ces enfants devenus plus grands, beaucoup se souviendront encore de ce Cyclop caché dans la forêt, de cette aventure dans les arbres et de cette merveilleuse journée passée ensemble.






































































































































