« La Minute de Véronique »/Le Printemps des Poètes avec les MS et les GS/avril 2026

Le Printemps des Poètes est un événement que j’aime profondément et que nous attendons toujours avec beaucoup d’enthousiasme à la Maison de l’Enfant. J’aime l’idée qu’à travers toute la France — dans les écoles, les bibliothèques, les entreprises, jusque dans les métros parisiens — des personnes s’arrêtent un instant pour réfléchir à un mot, à une idée, à une émotion et tenter de la transformer en poésie. C’est une parenthèse magnifique où chacun est invité à jouer avec les mots, à penser autrement et à écouter sa propre sensibilité.

Cette année, le thème proposé était celui de la liberté. Et contre toute attente, cela n’a pas été un sujet facile pour les enfants. Les années précédentes, ils avaient pris un immense plaisir à écrire autour de mots comme « l’éphémère », « la grâce » ou encore le « surréalisme ». Les idées arrivaient immédiatement, les images jaillissaient, les mots dansaient naturellement. Mais cette fois-ci, face au mot liberté, un grand silence s’est installé.

Cela m’a beaucoup étonnée au départ. Je pensais que ce thème allait immédiatement les inspirer. Pourtant, les enfants restaient silencieux, réfléchissaient, hésitaient. J’ai compris peu à peu que ce mot était peut-être tellement évident dans leur quotidien qu’ils n’avaient jamais eu besoin de le définir. La liberté était quelque chose qui leur semblait naturel, presque invisible parce qu’elle était présente autour d’eux chaque jour.

J’ai repris ce sujet plusieurs jours de suite, sans jamais forcer les choses. Petit à petit, à travers les échanges, les discussions et les moments de réflexion collective, les idées ont commencé à émerger. D’abord timidement, puis de plus en plus librement. Certains enfants ont commencé à évoquer ce qu’ils aimaient faire seuls, d’autres ce qu’ils ressentaient lorsqu’ils jouaient, couraient ou imaginaient des histoires. D’autres encore parlaient du droit de choisir, de dire oui ou non, d’être soi-même.

Ce sont souvent les grandes sections qui ont lancé les premières réflexions plus profondes. Puis les moyennes sections se sont mises à leur tour à prendre confiance et à dépasser les réponses toutes faites. Peu à peu, les enfants sont véritablement devenus poètes. Ils ont commencé à chercher de beaux mots, des mots puissants, des mots drôles parfois, des mots qui parlent au cœur.

Mon rôle à ce moment-là était essentiellement d’écouter et de recueillir leurs pensées. J’ai pris énormément de notes : des mots, des phrases, des images, des idées spontanées. Ensuite, j’ai tout relu très attentivement. Je n’ai changé aucun mot, aucune tournure. J’ai simplement gardé les phrases les plus fortes et je les ai mises les unes à la suite des autres pour construire une poésie collective fidèle à leur pensée.

Ce qui est toujours merveilleux dans ces moments-là, c’est de voir les enfants prendre conscience qu’ils peuvent eux aussi devenir auteurs. Ils découvrent que leurs paroles ont de la valeur, que leurs idées méritent d’être écoutées et qu’ils sont capables de créer quelque chose de beau ensemble.

L’humour est même arrivé au bout de la poésie, comme une petite surprise finale qui nous a tous fait rire. Cette dernière phrase était tellement inattendue, tellement typiquement enfantine dans sa spontanéité, qu’elle donnait à l’ensemble une légèreté magnifique.

Mais au-delà des apprentissages, ce qui reste le plus beau est probablement cette expérience humaine où chacun cherche, doute, réfléchit, ose prendre la parole puis découvre avec émerveillement qu’ensemble, on vient de créer quelque chose qui n’existait pas auparavant.

À la fin, les enfants étaient extrêmement fiers de leur texte. Et ils avaient toutes les raisons de l’être. Parce qu’il ne s’agissait pas seulement d’une poésie : c’était une pensée collective, une trace de leur manière de voir le monde, de leur sensibilité et de leur regard d’enfant sur un mot immense : la liberté.

La Liberté

Les amis ! c’est quoi pour vous la Liberté ?

Oh ! Oh !

(Silence …) (grand silence !!)

Et puis tout doucement ça vient !

…..

-Aller dehors sans les adultes, c’est déjà le début de la liberté !

-Ma liberté, c’est jouer, jouer, jouer, et pas qu’on me dise comment faire !

-La liberté, c’est ma famille !

-C’est mon art comme je l’aime et comme je le fais !

-C’est vivre en soi avec ses pensées !

-Ma liberté, qu’on ne peut pas me prendre, c’est l’amour que j’ai pour les autres !

-C’est ne pas pouvoir prendre le corps de l’autre !

-Mais c’est de pouvoir faire des câlins à mon corps !

-Être libre de dire ce qu’on dit, de juger ses sentiments !

-Le dictateur vole la liberté des autres ! C’est cruel !

-Quand la guerre se forme, l’amour n’est pas libre d’en sortir ! 

-Quand un mur s’écroule, l’amour se délivre enfin !

-On a envie que tout le monde soit libre !

-Je suis libre de dire « Non » !

-Je veux être libre de lire des poèmes que l’air a dessiné !

-Quand les flocons se brisent, le printemps est libéré !

-J’aimerais être libre comme un arc-en-ciel, y jouer, y tomber, y glisser et voler dans le ciel près des arbres !

-Libre d’aller partout !

-Libre d’être content !

-Libre d’être triste ! De pleurer, d’être en colère !

-Libre d’aimer tout le monde !

-Libre de sa joie ! de son cœur d’amour !

La liberté c’est de pouvoir prendre l’air, sans cesse être dehors, et faire des poèmes !

-Je t’embrasse ma Liberté, je t’invente, je t’aime !

-Être libre c’est une fête !

Écoutez la liberté ! elle est vivante !

-Mais, quand même, on est libre de faire que des bêtises !!!

Les GS et les MS de La Maison de L’Enfant avril 26

 

Articles en relation

error: Content is protected !!