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La minute de Lili : Que se cache t-il derrière ce que nous mangeons ? Réflexion à travers l’engagement d’une AMAP

Depuis le début de l’année scolaire les enfants ont la joie de déguster  les délicieuses  pommes et poires de Dominique, un petit arboriculteur bio dont l’exploitation  est située tout près de l’école (à  Les Alluets-le-roi dans les Yvelines) et qui nous livre directement tous les 15 jours grâce à l’AMAP crée par Sophie (la maman de Pauline en PS).

Jeudi 2 février Sophie est venue nous expliquer le projet de son AMAP : association pour le maintient d’une agriculture paysanne.

Celle-ci rassemble d’un côté des paysans respectant une démarche bio et de l’autre des familles qui veulent consommer des aliments sains (pour eux et pour la planète) tout en soutenant le travail de ceux qui les ont produits. Les adhérents de l’AMAP s’engagent donc en versant à l’avance une certaine somme d’argent aux agriculteurs avec qui ils ont choisi d’être solidaire ; lesquels en contrepartie leur livreront les “fruits” de leur exploitation.

Alors que, lorsque nous faisons nos courses dans les magasins nous ne savons rien de la personne qui a donné naissance à ce que nous achetons, il existe  dans le cadre d’une AMAP un lien direct entre le producteur et le consommateur.

Les enfants qui ressentent bien le plaisir particulier qu’ils ont à croquer dans une pomme ou une poire de Dominique plutôt que dans une autre, peut être bio et objectivement excellente mais anonyme, perçoivent bien la valeur et la saveur que prend un produit quand on peut se représenter celui ou celle qui s’est investi pour qu’il arrive jusqu’à nous.

Sophie nous a présenté ceux qui fournissent son AMAP (Monsieur légume, Monsieur champignon et Madame poule comme elle les appelle avec beaucoup de tendresse).

 

En étant en relation avec les agriculteurs, les enfants réalisent que cela transforme notre rapport à la nourriture car il ne s’agit plus alors uniquement de s’alimenter.

Cela amène non seulement à se resituer dans une dimension d’échange et de coopération avec l’Autre, mais également à se remettre en connexion avec la nature.

En effet quelque soit les efforts de l’homme, il ne maîtrise pas tout et ne peut assujettir la production agricole à sa seule volonté. Cela implique donc d’accepter le rythme que nous impose la nature (malgré l’envie des enfants, nous n’aurons pas de fraise de Dominique en hiver par exemple), comme ses aléas (trop de pluie ou pas assez peuvent entre autre altérer les récoltes et les paniers seront alors moins garnis).

Dans le concept de l’AMAP, l’agriculteur n’est pas tout seul dans son exploitation face à la nature; il partage ses succès et ses difficultés avec les adhérents qui eux même bénéficient de ce réseau social qui leur permet de recréer du lien entre individus qui se rencontrent, échangent et renouent contact avec la terre.

 

Sophie leur a ensuite présenté un assortiment de pommes variées et leur a demandé de choisir celles qu’ils choisiraient d’acheter. Les enfants ont sélectionnés les pommes les plus grosses, rondes, lisses et sans tache. Or dans un verger le paysan ne peut standardiser tous ses fruits à nos exigences esthétiques, la nature fabrique de la diversité. Tout comme nous ne nous ressemblons pas tous (il y a des roux, des frisés, des petits, des minces, ceux au nez retroussés, d’autres avec des grains de beauté etc.), les fruits et les légumes n’obéissent pas à une norme. Pourtant, dans les magasins, on ne voit pas de carottes tordues, de tomates aux contours irréguliers; les courgettes ont toutes à peu près le même gabarit (pas trop longues ni trop courtes, pas trop minces, ni trop larges etc…). Tout simplement car considérés comme « moches » par le consommateur, tous ces articles  sont jetés.

Les enfants réalisent alors l’énorme gâchis qui résulte de nos aprioris. Gaspillage qui ce répercute à tous les stades de la chaine de consommation et prend des proportions d’autant plus considérable que ce circuit est long. L’agriculteur met à la poubelle ce qu’il sait que les commerçants ne voudront pas lui acheter car ils savent que leurs clients n’en voudront pas.  Avec des images positionnées les unes à la suites des autres pour illustrer le long parcours de certains produits avant d’arriver en magasin, nous avons pris conscience qu’à chaque fois que les aliments sont manipulés pour passer d’un camion à un frigo où ils vont être entreposés plusieurs jours avant d’être rechargés dans un autre camion puis à nouveau déposés en attente dans un frigo, une partie d’entre eux est abîmée et donc jetée. Sans compter qu’à notre niveau nous avons souvent tendance à gaspiller car nous achetons souvent trop, les produits finissent pas vieillir et se détériorer dans notre cuisine où nous finissons pas les mettre à la poubelle. Combien d’entre nous n’ont-ils pas eu cette réaction par exemple de racheter des clémentines alors qu’il y a encore des pommes à manger ou à préférer prendre le yaourt en dessert à la poire qui est à point, puis à jeter les fameuses pommes car elles se sont un peu fripées et rabougries ou la poire qui aura fini par devenir partiellement blette.

Cette attitude est apparue d’autant plus stupide aux enfants lorsqu’ils ont dégusté les fameuses pommes qu’ils avaient dénigrées au prime abord. Elles étaient délicieuses, même celles qui étaient abimées par endroits (une fois qu’on avait retiré la partie en question) et quel bonheur de pouvoir savourer des pommes aux gouts et à la textures variés : certaines très croquantes, d’autre plus tendres, certaines acides, d’autres plus sucrées.

Les enfants ont alors trouvé tout a fait logique en fin de compte que les adhérents de l’AMAP s’engagent à accepter toutes les pommes dont Dominique aura pris soin jusqu’à maturité quelque soit leur apparences.

En abordant la problématique du nombre impressionnant d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur dans le système industriel et commercial traditionnel, Sophie a également sensibilisé les enfants à la notion du juste prix versé à l’agriculteur pour son travail et payé par les familles pour obtenir un aliment bon (à la fois point de vue gustatif et par son impact au niveau de la santé). A travers un petit jeu, les enfants ont réalisé que, pour que le prix affiché en magasin soit abordable pour le client au bout de la chaine et que chaque protagoniste par lequel le bien a circulé en amont réalise un bénéficie, il fallait que la somme versé au paysan soit la plus minime possible. Ils ont évidemment trouvé cela fort injuste puisque c’est lui qui avait fourni tout le travail !

Sophie les a ensuite conduits à s’intéresser à l’étiquette ou à la pancarte qui figure sur ou à côté du produit en question. Qu’est il indiqué en plus du nom du produit et de son prix ? Sa provenance. Et là surprise, les enfants se sont aperçus que nombre d’aliments qui sont vendus en magasin proviennent de pays lointain, alors même qu’il s’agit d’espèces qui poussent parfaitement chez nous. Pourquoi faire venir des pommes d’Argentine par exemple ? Cette question les a poussé à repenser au chemin parcouru par les produits (comment ont-ils voyagé ?) et de là à réaliser l’impact au niveau écologique de ces produits qui ont nécessité l’utilisation d’énormément de carburant pour être acheminés jusqu’à nous

Les enfants ont pris conscience de l’impact que nous pouvons tous avoir simplement en choisissant ce que l’on mange pour contribuer à rendre notre monde plus social et solidaire, respectueux de la nature et ce,  tout en prenant du plaisir et en concourant à notre bon santé.

Les enfants sont maintenant des consommateurs avertis et engagés qui n’hésiteront pas à faire entendre leur voix quand ils examineront le panier de course ou le contenu de leur assiette…

 

 

 

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